UNITERRE pour une agriculture durableUNITERRE pour une agriculture durable
UNITERRE pour une agriculture durable
UNITERRE pour une agriculture durable
Éditorial d'uniterre le mensuel agricole indépendant

février 2010 n° 2, 55ème année

Dans le cadre de la consultation de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) sur les enveloppes financières agricoles pour les années 2012 et 2013, notre office s’est offert un exercice de haute voltige. Dans son document, l’OFAG fait logiquement un bilan intermédiaire des réformes successives de la politique agricole. Il revient sur la situation du revenu dans l’agriculture et présente l’évolution du revenu du travail par Unité de main d’œuvre familiale en rapport au salaire de référence (médiane des salaires annuels bruts de toutes les personnes employées dans les secteurs secondaire et tertiaire). Il constate qu’au fil des ans, une différence de 40% demeure entre le salaire moyen de ces secteurs et le revenu du travail dans l’agriculture.
Pour valider sa politique, l’OFAG fait donc un tour de passe-passe astucieux. L’article 5 de la Loi sur l’agriculture stipule «que les mesures de politique agricole doivent permettre aux exploitations satisfaisant aux critères de durabilité et de performance économique de réaliser, en moyenne pluriannuelle, un revenu comparable à celui de la population active dans les autres secteurs économiques d’une même région». Pour parvenir à ses fins, l’Office décide que les exploitations du quartile supérieur sont la référence pour les critères de durabilité et de performance économique. C’est donc le revenu de ces exploitations (qui ont le revenu le plus élevé), qui est comparé à celui des personnes actives dans les secteurs secondaire et tertiaire. Voilà donc une méthode quelque peu louche qui suscite plusieurs remarques:
Nous aimerions savoir sur quels critères se basent la «durabilité et la performance économique»… Si l’on peut envisager qu’en termes économiques, des comparaisons sont possibles, nous aimerions savoir quels ont été les critères qui ont permis d’évaluer les aspects sociaux et environnementaux et considérer ainsi que ces mêmes exploitations font toujours partie du peloton de tête.
Nous aimerions rappeler que pour les exploitations agricoles, la base de calcul est de 280 jours de travail alors que pour le reste de la société, il se situe tout au plus à 230 jours. Une simple règle de trois permet ainsi de rééquilibrer les comptes et s’apercevoir que seule la main d’œuvre familiale des exploitations de plaine du quatrième quartile est encore «économiquement concurrentielle» avec les travailleurs des autres secteurs.
Ce qui est particulièrement inadmissible dans ce document c’est que l’OFAG conclu le paragraphe par un auto satisfecit: «les résultats nous amènent à la conclusion que la réforme de la politique agricole est socialement supportable… ».
C’est comme si le seco annonçait qu’à partir de 2010, la référence pour évaluer les salaires serait celle des «grands patrons» qui, en 2006, gagnaient en moyenne 657’000 francs par année. Ou alors ne prendrait, pire encore, que les 20% des «top managers» qui gagnent plus de 1,2 million/an. Et de dire en conséquence à Unia qu’il n’y a pas de working poor en Suisse et que tout va bien dans le meilleur des mondes.
Si ce paragraphe a provoqué de vives réactions des responsables des organisations agricoles lors de sa présentation, cela n’a pas été plus loin. Sur le moment l’OFAG n’a su que répondre. Pour nous, oser publier de telles énormités ne fait que refléter une tendance forte au sein de cet office qui est celle de négliger la majorité des exploitations de ce pays pour ne mettre en avant que celles qui peuvent démontrer, au bas de leur comptabilité, un revenu comparable à celui d’autres secteurs. Faisant ainsi fi de toute autre considération. Quelle pauvreté

janvier 2010 n°1 - 55ème année

Et si les céréaliers s’unissaient au plan européen ?
La formidable détermination des producteurs de lait européens marque durablement les esprits de l’ensemble de la paysannerie européenne. Jamais un mouvement d’une telle ampleur n’a déferlé sur l’Europe. Il est une réponse à l’échelle de la catastrophe que vivent chaque jour les producteurs de lait européens. Cela porte ses fruits. Jamais le débat politico-économique sur l’avenir de la filière laitière n’a été aussi virulent en Suisse ou à Bruxelles. Jamais les tenant du libéralisme des marchés agricoles n’ont été remis en question autant qu’aujourd’hui! Ce combat des producteurs européens pour un prix correct et juste a également bousculé certaines organisations agricoles majoritaires et léthargiques, bien plus proches des petits fours bruxellois que des préoccupations des producteurs… Pour certaines le réveil fût brutal et c’est tant mieux.
Ce combat avant-gardiste pour une dignité paysanne retrouvée se propage dans d’autres filières. Dans l’éditorial du journal de L’organisation des producteurs de grains (OPG) de décembre 2009, le Président Nicolas Jaquet, invite ses milliers de membres à réfléchir à la création d’une fédération européenne. Il demande aux producteurs de faire le point sur les instruments dont ils disposent pour faire remonter les prix. Pour lui «la grève du lait a ouvert deux voies. Premièrement, il est possible de réaliser des gros mouvements sociaux au niveau des 27 pays de l’Union européenne. Deuxièmement, rien ne nous oblige de travailler pour ne rien gagner! De plus, comme la Commission européenne et les lobbies inféodés aux exportateurs de céréales refusent toute régulation du marché, il est de notre devoir, à nous producteurs, d’autoréguler nos productions».
Par de simples observations du marché, l’OPG a réalisé qu’une mauvaise récolte au plan européen, comme en 2007, a suffi à faire doubler les prix.
Partant de ce constat, l’OPG propose dès lors comme solution de dernier recours, le gel volontaire de 30% des terres arables européennes. Cette idée germe depuis longtemps aussi à Uniterre, mais jamais nous ne l’avions imaginée à ce niveau! Depuis bien longtemps nous soutenons que la jachère est un magnifique instrument commercial, mis à disposition par l’Etat, pour gérer les marchés sans pour autant perdre de l’argent!
Pour la réalisation de l’action, l’OPG propose de reprendre l’idée d’EMB, à savoir des engagements honorifiques, signés par les producteurs, qui stipuleraient le suivi du mouvement s’il se déclenchait.
A Uniterre comme à l’OPG, nous sommes conscients que c’est de l’intérieur de nos propres rangs et de nos propres organisations que les critiques les plus virulentes vont sortir. L’expérience du lait nous le montre tous les jours. Néanmoins, nous pensons qu’un tel projet est très intéressant et mérite toute l’attention de la commission grandes cultures d’Uniterre. Ces propositions viennent d’une organisation de céréaliers indépendants, motivée à parler en premier lieu de rapport de force sur les marchés, de prix, de qualité, bien avant la quantité. Cela ne peut qu’être intéressant.
Afin de discuter plus assidûment du potentiel de cette proposition et des aspects liés à la constitution même du mouvement européen, l’OPG a invité Uniterre à participer à une rencontre. Afin de suivre ce nouveau dossier, nous vous encourageons à rejoindre la commission grandes cultures et viande d’Uniterre.
Uniterre

décembre 2009 n° 11 -54ème année.

Parlement barricadé pour traiter du dossier agricole

Voilà une manifestation qui n’a pas demandé beaucoup d’organisation pour la mettre sur pied!
Dès le 1er décembre, une vingtaine de journalistes ont contacté le bureau d’Uniterre pour savoir à quelle heure les milliers de paysans attendus sur la place fédérale pour le débat spécial sur l’agriculture allaient venir.
Quels milliers?
Uniterre a décidé à la mi-novembre de ne rien organiser sur Berne le 3 décembre 2009. Ceci afin de ne pas avoir plusieurs discours sur la Place fédérale, et ayant également le sentiment que les dés étaient déjà jetés. Nous avons donc pris l’option de faire un simple communiqué de presse rappelant les positions d’Uniterre relayées depuis le début de la révolte paysanne.
De peur de voir arriver des «hordes de paysans révoltés», la Place fédérale était bouclée, vidée. Seules restaient quelques vaches «Justine» et une vingtaine de paysans. Un arrêté sur image qui pouvait presque faire penser à la mort des paysans.
Les Parlementaires quant à eux, étaient priés de passer par la porte arrière du Palais fédéral afin d’éviter tout contact avec la foule en colère.
Si la situation peut paraître risible au premier abord, elle est aussi triste sur bien d’autres points.
Quelle mouche a donc piqué la police fédérale pour qu’elle prenne la décision de barricader une place sensée représenter un espace de dialogue, voire de contestation citoyenne. Quelles récentes actions ont été menées par Uniterre ou par d’autres organisations paysannes qui pourraient laisser présager un embrasement du Palais? Quelques jours avant cette «farce fédérale», la police genevoise, craignait, parait-il, que des centaine de tracteurs bloquent le Centre international de conférence de Genève (CICG) où se tenait la conférence ministérielle de l’OMC.
A n’en pas douter, nos autorités doivent se sentir fort mal à l’aise avec les décisions qu’elles prennent ces derniers temps pour demander une protection massive de leurs débats feutrés.
Cela rappelle d’autres temps où l’on préférait cacher les pauvres, les paysans, les serfs, les manants aux yeux du Royaume. Afin que les repas des seigneurs ne soient pas perturbés par la grogne des «gens d’en bas». Quel triste spectacle d’une démocratie bien mal en point. Car à n’en pas douter, d’autres lobbies avaient probablement trouvé une place fort confortable dans les couloirs du Palais fédéral afin d’influencer encore les quelques parlementaires «égarés».
Les politiques agricoles et alimentaires doivent être décidées avec l’appui de la population. Les débats parlementaires ne doivent craindre la révolte de la rue, ils doivent s’en alimenter; de manière réfléchie certes, sans précipitation ni trop de passion mais avec un brin d’émotion, d’écoute et de respect.
Ne pas vouloir ajouter le grain de sel de la révolte paysanne dans les débats techniques et calculateurs du Parlement ne donne qu’une fade tambouille à ingurgiter. C’est sans surprise que d’ici peu, les paysans se révolteront à nouveau!
Qui sème le vent...

novembre 2009 N° 10- 54 ème année

Uniterre, une ligne cohérente depuis 60 ans

Origine de nos actions et objectifs recherchés

2 mois de révolte paysanne se sont écoulés et jamais les médias n’auront autant parlé de nos objectifs, de nos souhaits. Parmi la population, le soutien aux idées que nous désirons voir se concrétiser est immense. C’est surtout dans le milieu paysan que des interrogations subsistes, voire que des aspirations légitimes des paysans sont remises en question. Ce numéro spécial de notre journal a pour objectif de rappeler que l’ensemble des actions que nous menons et que nous mènerons sont issues d’une vision claire que nous avons pour l’agriculture et sur le rôle que celle-ci doit jouer dans nos sociétés. Nous ne nous levons pas un matin pour formuler une revendication d’1 franc par litre de lait pour le producteur. Celle-ci a été mûrement réfléchie. Nous ne sortons pas d’un chapeau une mesure de gestion des quantités de lait; c’est le fruit d’un long processus de réflexion des membres de la commission lait d’Uniterre, tous producteurs. Quand nous nous sommes décidés, en 2002, à appuyer les projets d’agriculture contractuelle de proximité, ce n’était pas par hasard; nous avions perçu la richesse de ce type de projets, l’intérêt qu’ils pourraient susciter auprès de la population et la dynamique «militante» qu’ils pourraient engendrer parmi les paysannes et les paysans. Lorsqu’au début des années 1990, Uniterre a fait partie des membres fondateurs de la Coordination paysanne européenne (devenue Coordination Européenne Via Campesina), c’est parce que votre syndicat avait saisi que tout ne pouvait se résoudre au plan national. Qu’ici comme ailleurs, nous vivons des problématiques similaires et qu’unis nous sommes plus forts! Il y a 2 milliards de paysans sur cette terre, nous n’avons jamais été aussi nombreux, n’en déplaise à ceux qui prônent l’évolution structurelle. C’est dans cette même optique qu’Uniterre a rejoint, en 2006, le mouvement européen European Milk Board (EMB). Grâce au dialogue avec nos collègues internationaux, nous nous enrichissons et nous développons des visions cohérentes qui ont pour objectif de mettre les personnes, les humains, au centre des enjeux et non de contribuer à un système qui ne servirait qu’à enrichir les intermédiaires. Quand nous revendiquons la nécessité de relocaliser la production, de donner priorité à la production locale pour la population et de placer au second plan le commerce international, nous contribuons aussi à ébaucher des solutions pour réduire l’impact des marchés agricoles sur le climat. Nous voulons rétablir la réalité des coûts de production afin de maintenir, voire développer, des emplois rémunérateurs dans la filière agricole; du champ à l’assiette. Et nous ne nous gênons pas de dire qu’il faudrait plus de paysans. Réduire les coûts pour survivre économiquement est un mythe. Il n’y a que peu de valeurs ajustables: les salaires des employés qui sont déjà trop peu élevés ou les coûts des fourrages... c’est alors prendre des sous à son collègue céréalier. Ce qu’il faut c’est des prix équitables. Tout ceci est contenu dans le concept de souveraineté alimentaire que nous avons élaboré avec nos collègues de La Via Campesina. Démonstration dans ce journal. Au fil des pages. Bonne lecture. Journal complet de l'édition spéciale de novembre

 

 
UNITERRE pour une agriculture durable
UNITERRE pour une agriculture durable