Edito février 2017

independance-webDe gauche ou de droite ? Résolument indépendant !

Il paraît que dans les campagnes, l’étiquette de « syndicat paysan de gauche » colle fermement à la peau d’Uniterre… au mieux celle de « petit syndicat paysan alternatif ». Et que cela fait effet d’épouvantail freinant de nouvelles adhésions à notre organisation. Qu’est-ce qui dans nos activités ou notre discours amène à penser cela ? Comment nous, paysan-ne-s membres d’Uniterre, assumons-nous ou pas cette image ?

 

Lorsque nous luttons pour des prix rémunérateurs, une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein des filières, une véritable gestion des quantités, ou pour une solidarité renforcée entre paysans, est-ce un positionnement de gauche ? Ces revendications sont-elles l’apanage de la gauche ? Ce serait réducteur de l’envisager.

Certains milieux économiques ou organisations patronales nous disent : « le prix rémunérateur c’est le meilleur prix que nous pouvons obtenir sur le marché ». Mais si nous ne partageons pas cette vision et que nous estimons que le prix rémunérateur est celui qui couvre les coûts de production, y compris un revenu digne pour les femmes et des hommes qui travaillent la terre, cela nous cantonne-t-il d’office dans la case « gauche » ? Nous n’avons jamais revendiqué une économie planifiée par l’État, mais nous estimons que ce dernier doit créer les conditions-cadres pour que le marché contribue à l’épanouissement du plus grand nombre et non seulement des privilégiés dont les paysans ne font assurément pas partie. Nous sommes persuadés qu’il faut redonner la force aux paysan-ne-s et aux consommateur-trice-s de prendre en main le système alimentaire, que leur voix et leurs idées comptent et doivent peser sur les décisions.

Lorsque nous dénonçons les pratiques des multinationales aux côtés d’autres mouvements sociaux et de nos collègues du sud - car nous ne pouvons que constater que paysans d’ici ou d’ailleurs, ouvriers, petits patrons ou salariés sont cuits à vif dans le même chaudron par les grands groupes de l’agroalimentaire - sommes-nous de gauche ou simplement… humanistes ?

Nous avons des idées qui nous sont propres, nous souhaitons les promouvoir dans tous les milieux, auprès de tous les partis. Notre vision indépendante nous permet justement d’aborder ces interlocuteurs de manière franche, sans passifs d’aucune sorte. Être en mesure d’interpeller à droite comme à gauche est l’une de nos forces, qui est d’ailleurs reconnue par d’autres. Uniterre ne prend pas position sur les sujets de votations qui ne sont pas spécifiquement liés au cœur du métier de paysan (RIE3, assurances sociales, services publics,….), mais d’autres le font aisément sans réaliser que cela peut engendrer des crispations dans d’autres milieux, ce qui est peu propice à faire passer par la suite une défense des intérêts paysans.

Assurément, nous avons une vision humaniste, un certain regard sur la justice sociale. Nous visons l’harmonie au sein de la société pour qu’elle profite au plus grand nombre et nous sommes persuadés que c’est une approche résolument paysanne, basée sur le respect de la diversité et de la vie.

Chercher à cataloguer une organisation, un mouvement, comme de gauche ou de droite, n’est-ce pas une manière de se défiler, d’esquiver le débat de fond, de fuir ses responsabilités quant à la recherche de solutions viables ? Au-delà de l’étiquette partisane, ce qui nous importe, c’est que le fond l’emporte. Une bonne idée reste une bonne idée, qu’elle soit de gauche ou de droite.

Valentina Hemmeler Maïga