mardi, 10 juillet 2018
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Une vision d'avenir !

Plus de 60 ans d'histoire et de combats, et le constat n'a guère évolué. Le nombre des actifs dans l'agriculture rétrécit comme peau de chagrin, des fermes sont abandonnées, des terres agglutinées à des domaines de plus en plus grands où le paysan se retrouve toujours plus isolé. Pas très réjouissant. Pourtant quelques lueurs d'espoir scintillent ici et là : le développement de la vente directe, des marchés à la ferme, des associations de producteurs et de consommateurs qui œuvrent côte à côte pour la promotion de l'agriculture contractuelle de proximité. Et puis des paysannes et paysans, jeunes et moins jeunes, qui osent le défi d'une branche de production originale, innovante, hors des sillons traditionnels, des sillons que l'agro-industrie et le libéralisme ont labourés si profondément qu'il n'y reste que de la poussière et des cailloux.

Conformément à la philosophie de la souveraineté alimentaire, osons emprunter désormais des voies nouvelles, aussi au sein de la défense professionnelle paysanne, et avec d'autres organisations. Pour défendre nos collègues paysannes et paysans, mais aussi pour prendre en compte les attentes légitimes des consommatrices et consommateurs, c'est main dans la main avec toute la population que nous devons avancer.
Petit tour d'horizon, non exhaustif, de notre projet de travail à l'horizon 2021 :

  • Faire d’Uniterre un mouvement vivant, diversifié et actif. un lieu de débats et de rapprochements.
  • Continuer le combat pour une rémunération juste aux producteur-trice-s notamment avec le projet du "lait équitable", première étape qui ouvrira, nous l'espérons, la voie à d'autres projets équitables.
  • Poursuivre notre développement outre-Sarine, où de jeunes paysan-ne-s commencent à s'impliquer avec enthousiasme.
  • Combattre l'isolement et renouer avec tous nos collègues dans les régions, en animant des Cafés paysans grâce aux sections cantonales d'Uniterre.
  • Oser se rapprocher d'ONG et d'associations avec lesquelles le contact n'a pas toujours été facile, le dialogue est une richesse à promouvoir.

La Souveraineté alimentaire porte les semences que nous souhaitons voir germer pour la naissance d'une nouvelle société. Une société plus juste, qui place l'être humain au cœur des préoccupations, qui permet d'harmoniser son développement avec celui des animaux et de son environnement.

L'humanité a connu de grands sauts dans son évolution, la découverte du feu, la découverte de l'écriture, les premiers voyages intercontinentaux, l'ère industrielle, la révolution sexuelle, l'ère digitale, pour n'en citer que quelques-uns. Et si la Souveraineté alimentaire était la nouvelle grande évolution de nos sociétés ? L'agriculture en est un pilier majeur, central, alors pourquoi ne pas commencer par là, et nous acheminer vers ce qui hier semblait impossible ?

Vous venez avec nous ? •︎


Vanessa Renfer, paysanne et secrétaire d'Uniterre


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lundi, 07 mai 2018
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L'union fait la force

Un vent de protestation souffle sur la Suisse. Alors que le contre-projet sur la sécurité alimentaire du 24 septembre 2017, plébiscité à 78 % par le peuple suisse, était un message clair – semble-t-il – des citoyennes et citoyens pour maintenir et soutenir l’agriculture suisse, voici que le Conseil Fédéral sort sa "Vue d’ensemble sur la politique agricole 2022+" qui vient bafouer cette votation et renforcer l’idée que l’agriculture suisse n’est aux yeux de nos politiques qu’une monnaie d’échange. Cela se voit clairement dans sa précipitation à vouloir signer des accords de libre-échange avec le MERCOSUR et la Malaisie par exemple.

Justement, une nouvelle fois, des voix citoyennes s’élèvent de la base pour contester le sacrifice annoncé de l’huile de colza suisse, ainsi que l’ignorance volontaire des conditions déplorables – environnementales et sociales - de production d’huile de palme en Malaisie dans le cadre de l’accord de libre-échange avec ce pays. Même le Conseil National s’en inquiète : en effet, 140 parlementaires ont voté en février dernier pour que la Suisse interrompe les négociations de libre-échange avec la Malaisie ! Ce que regrette très fortement M. Schneider-Ammann.

Mais que se passe-t-il ? Il semblerait que le peuple suisse ne soit pas très en accord avec les velléités de ses dirigeants ou plutôt l’inverse. Nous assistons aujourd’hui à la naissance d’un véritable fossé entre la volonté de nos politiques et celle du peuple… Qui l’emportera ? Jusqu’où cela ira ?

D’ailleurs, en réponse à cela, on voit se créer beaucoup de mouvements citoyens et paysans : Mouvement pour la Paysannerie Citoyenne à Genève, mouvement "Allmende" en Suisse-Alémanique et bien d’autres… Tous ces mouvements sont une chance pour nous - peuple suisse - de montrer que nous ne sommes pas d’accord avec la direction que prend notre Confédération, qui continue à suivre une idéologie du "on va droit dans le mur" et "on verra plus tard les conséquences"… On n’arrête pas de nous répéter que si nous ne signons pas ces accords de libre-échange, ce seront des places de travail de perdues. Mais, n’est-ce pas l’inverse ? Encore plus de places de travail seront perdues dans l’agriculture.

L’Union fait la force, comme le dit si bien l’adage. Alors, soyons ingénieux, créatifs et coopératifs ! Rassemblons nos forces et synergisons-nous afin d’éviter de nous éparpiller. Et surtout, c’est en mutualisant nos forces que nous prendrons de plus en plus de poids pour renverser la tendance ! Nous avons en plus une très belle opportunité cette année pour mener ce combat commun : faire enfin passer en votation populaire la souveraineté alimentaire du peuple, plutôt que de continuer dans cette course sans fin au profit et à l’exploitation, qui ne réussit qu’à certains… au travers de l’initiative pour la Souveraineté alimentaire d’Uniterre et de l’initiative Fairfood des Verts.

Alors, maintenant, qu’est-ce qu’on attend ? •

Berthe Darras, secrétaire D’UNITERRE


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lundi, 12 mars 2018
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Uniterre, c'est vous !

Samedi 7 avril, l’assemblée générale d’Uniterre aura lieu à Yverdon-les-Bains. Nous comptons sur votre présence, chers membres et chers sympathisant-e-s.

Une assemblée générale n’est pas qu’une formalité, mais un moment pour vous exprimer, faire part de vos besoins. C’est une occasion de mieux se connaître, de mieux se comprendre, de créer des liens et une appartenance commune.

Pour le Président et le bureau, c’est une opportunité non seulement de vous présenter ce qui a été réalisé mais aussi de vous exposer les projets à court, moyen et long terme et d’en parler avec vous, d’entendre vos avis, de débattre sur les objectifs et la stratégie d’Uniterre.

Et aussi sur les moyens d’atteindre ces objectifs. Un des moyens est l’argent. Uniterre vit en grande partie grâce à vos cotisations, mais ça ne suffit pas. Il faut qu’Uniterre ait plus de membres et sur ce point vous pouvez nous aider. Parlez aux paysan-ne-s de votre région, convainquez-les de s’affilier. Parlez à vos ami-e-s, à vos client-e-s sur les marchés, pour qu’ils deviennent membres sympathisants d’Uniterre.

Le 7 avril, nous vous présenterons, entre autres, nos activités et nos projets de recherche de fonds à court et moyen terme. La recherche de fonds doit s’appuyer sur des projets concrets qui doivent être réalisés et l’idéal serait qu’ils permettent d’atteindre les objectifs fixés ou validés par les membres. Et qu’ils répondent à leurs priorités.

A propos de priorités, 2018 est l’année de la votation1 sur l’initiative "Pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture nous concerne toutes et tous". C’est un enjeu de taille. Imaginez, si cette initiative est acceptée : alors toutes vos luttes pour les prix, pour la transparence, pour la traçabilité, pour l’équité, pour l’accès à la terre ; toutes vos luttes durant lesquelles les décideurs vous renvoient à votre exploitation et en guise de réponse vous assènent, avec condescendance, des manques d’efficacité, d’efficience, la nécessité de mieux vous organiser, les lois du marché, l’Europe, le Monde, etc. ; et bien si l’initiative est acceptée, toutes vos luttes seront des revendications légitimes car légales ! Vous serez des partenaires de négociation à armes égales avec les autres acteurs du système. Ça vaut la peine de s’engager, non ?

Pour cela, et pour tout le travail réalisé et en court pour un prix du lait réellement équitable, mais aussi pour que les jeunes aient la place qui leur est due, il faut soutenir Uniterre.

Lectrices, lecteurs, si vous n’êtes pas encore membres d’Uniterre, devenez-le ! •︎


Michelle Zufferey
Secrétaire D'UNITERRE


1Le 16 mars, les chambres voteront définitivement au sujet de l’initiative et nous saurons ensuite si la votation populaire aura lieu en septembre ou en novembre 2018.


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mardi, 06 février 2018
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Uniterre, hier et demain

Le début d'une année est une période charnière. Au-devant d'une page blanche, avant de commencer l'écriture d'un nouveau chapitre, il est des questions à se poser et des réflexions à mener, en tant qu'être humain, en tant que membre de la société. Qu'ai-je accompli jusqu'à présent? De quoi suis-je fier? Ai-je des regrets, des déceptions? Quelles ont été mes plus belles réussites? Et maintenant, où est-ce que je veux aller? Et avec quelles forces, quels atouts? Il ne s'agit pas ici des fameuses bonnes résolutions que l'on prend le soir du Nouvel-An et que l'on oublie trois semaines plus tard. Voyons cela plutôt comme un passage dans un aéroport en attendant de prendre sa prochaine correspondance.

Une association comme Uniterre peut et se doit de passer par le même cheminement. Un coup d'œil dans le rétroviseur nous offre des images fortes, des journées de mobilisation intense, des actions coups de poings remarquables, et remarquées, des périodes en apparence plus calme, mais où les idées n'ont cessé de fleurir, et puis aussi des moments creux, de doute, d'échecs. Que chacun-e d'entre nous prenne maintenant quelques minutes et se remémore son aventure personnelle avec Uniterre, que son implication soit importante ou plus discrète: pourquoi suis-je devenu membre? Quels étaient mes rêves et mes espoirs? Comment y ai-je contribué?

Les paysannes et paysans ne prennent pas toujours le temps de cette réflexion. Il faut dire également que le contexte actuel ne leur en laisse guère le loisir. Prix trop bas et exigences élevées font de leurs journées un marathon continu. De là à penser que nos instances politiques font en sorte que cela ne change pas pour ne pas avoir à gérer trop de révoltes et de questionnements, il n'y a qu'un pas. Et pourtant, c'est bien lorsque l'on s'autorise une pause dans le flot incessant du quotidien que surgissent les idées les plus intéressantes, les plus novatrices, ou simplement celles qui vont nous amener là où nous le souhaitons.

Une chose est certaine: 70 ans après les premières colères des membres fondateurs, Uniterre a changé de nom et bien sûr d'équipe, mais son esprit demeure vibrant et actif, avec les mêmes motivations. Et parce que 2018 s'annonce sous de passionnants auspices, avec plusieurs initiatives en cours de discussion, et bien sûr, un possible passage en votation populaire de l'initiative sur la Souveraineté alimentaire, cela méritait bien un petit coup de neuf ! Vous tenez entre vos mains le premier numéro du journal Uniterre dans sa nouvelle mouture. Plus aéré, plus agréable à lire, il reste un vecteur essentiel de la défense professionnelle agricole telle qu'elle est menée par le syndicat. Analyses, reportages, critiques, et portraits du monde paysan continueront d'alimenter la flamme syndicale auprès des lectrices et lecteurs, pour que ce passionnant combat continue de porter ses fruits, au moins pour les 70 prochaines années.


Vanessa Renfer
Agricultrice et membre du Comité d'Uniterre (Section Neuchâtel)



Photo de couverture: Eric Roset



mercredi, 15 novembre 2017
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24 septembre 2017: et maintenant?

Sans surprise, le nouvel article constitutionnel sur la Sécurité alimentaire a passé haut la main l’épreuve du vote populaire, avec des résultats proches des records nationaux. L’on peut sans autre se réjouir que le peuple helvétique ait dans son ensemble clairement manifesté son soutien à notre agriculture, en ayant à cœur de suivre le mot d’ordre donné par les constructions bucoliques en paille à proximité des fermes. Si l’agriculture est souvent critiquée pour diverses raisons, ce jour-là en tout cas les doutes ont été balayés et remplacés par une très belle preuve de confiance.

Reste qu’aujourd’hui, les défis sont nombreux. De l’avis même des initiants et de Johan Schneider-Amman, l’article constitutionnel en tant que tel ne va pas changer grand-chose à la situation. Et pourtant! Il n’est pas exagéré de dire qu’actuellement l’agriculture se trouve à la croisée des chemins, et toutes et tous nous braquons nos regards sur la façon dont elle va répondre à nos attentes. Quelles décisions vont être prises au sein du Conseil fédéral? Quels soutiens pour les familles paysannes? Quel type d’agriculture sera privilégié? Est-ce que ce vote assurera le maintien d’une agriculture portée par une grande diversité d’exploitations agricoles? Qu’est-ce qui sera concrètement mis en œuvre pour maintenir les fermes, voire en augmenter le nombre? Quels acteurs de la chaîne alimentaire seront prioritaires? Une première étape sera de faire le tri parmi les attentes, de déterminer lesquelles sont les plus fondamentales, et lesquelles il sera possible de satisfaire.

La tâche n’est pas aisée: les paysannes et les paysans de ce pays connaissent des quotidiens infiniment variés, que ce soit en termes de type de production, de taille d’exploitation, de contexte familial. L’agriculture n’est pas faite pour rentrer dans un moule! Il est pourtant un point essentiel sur lequel tout le monde peut s’accorder: en tant que branche économique, les personnes qui y travaillent doivent pouvoir en vivre dignement. Nous savons que ce n’est pas le cas actuellement. Nous sommes cependant persuadés que c’est possible.

Du point de vue du consommateur, ce n’est en tout cas pas plus simple. Les revendications de nos concitoyen-ne-s, quoique légitimes, sont légion. Répondre à leurs attentes en termes d’écologie, de goût, de prix, de proximité, de diversité, d’accessibilité, sera un exercice des plus périlleux, mais ce sont les promesses qui ont été faites tout au long de la campagne par les porteurs du contre-projet! Et y répondre, demandera du courage politique, et une volonté partagée d’aller vers un système alimentaire résilient.

L’initiative pour la Souveraineté alimentaire permettra des débats de fonds et l’émergence de systèmes novateurs et de projets-pilotes ouvrant la voie vers une société plus juste, respectueuse, diversifiée et responsable. Pour qui s’est amusé à se promener sur les réseaux sociaux au mois de septembre, il a été facile de constater que les souhaits des consommateurs dépassent de très loin les objectifs fixés par le contre-projet. Un ras-le-bol général suite aux trop nombreux scandales alimentaires; un soutien affectif profond aux paysannes et paysans qui sont leurs voisins; une volonté clairement exprimée de retourner faire ses achats directement chez le producteur; le refus quasi-unanime des fermes-usines qui n’offrent aucune sécurité; le rejet également très marqué des OGM; ce sont tous ces arguments que l’on retrouve tout simplement dans l’initiative lancée par Uniterre. C’est à se demander si au final, les votants n’ont pas déjà pris un peu d’avance sur le programme fédéral.


Vanessa Renfer et Michelle Zufferey


mercredi, 06 septembre 2017
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Chère Union Suisse des Paysans,

Le beau printemps de cette année nous a offert une jolie surprise. Tu as semblé profiter de cette période féconde pour exprimer une vigueur renouvelée et affirmer une forte volonté d’empoigner à bras le corps le problème lancinant de la crise du lait. Tu as réalisé que l’IP Lait ne faisait pas son travail, ou en tout cas pas en faveur des paysans que tu dis défendre. Tu as remarqué que beaucoup d’entre eux étaient véritablement au bout du rouleau, voire même au-delà malheureusement, que la colère grondait dans les campagnes, qu’une partie de l’opinion publique semblait également se réveiller…

vendredi, 21 juillet 2017
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« Vous coulez encore ? »
A cette question trop souvent posée dans nos campagnes en ces temps obscurs, dorénavant nous répondrons non. L’élevage laitier patiemment construit sera disloqué au profit de petites Angus. L’écurie aménagée pour la traite se verra dépouillée d’une grande partie de son matériel (mais pas tout : hors de question d’acheter du lait en brique !). Après le choc initial, quelques larmes, et les derniers doutes balayés, nous trouverons un nouvel équilibre familial. L’équilibre financier, s’il ne sera pas forcément meilleur, ne sera en tout cas pas pire. Et l’on continuera d’avancer.

vendredi, 05 mai 2017
Si proches, si loin...
Pendant des siècles et des siècles, la grande majorité de la population mondiale était paysanne. Il en fallait des bras et des heures de travail pour nourrir le monde. Les rendements étaient faibles, la mécanisation inexistante, les connaissances se transmettaient de génération en génération. Ainsi donc l'agriculture faisait partie de la vie quotidienne, était imbriquée en elle. Elle coulait de source.
mercredi, 29 mars 2017
On peut vivre de l'agriculture... sauf si on est paysan !
Les chiffres sont clairs : dans la population suisse, moins de 0.3 % de ses habitants sont occupés à cultiver la terre et élever du bétail. Nous sommes peu nombreux, et nous sommes même de moins en moins nombreux. Les fermes disparaissent, au rythme véritablement effrayant de 3 par jour ; les jeunes, sauf s'ils sont passionnés, ou un peu fous, ou les deux, s'exilent à la ville, dans l'espoir d'une vie plus facile.
mardi, 28 février 2017
De gauche ou de droite ? Résolument indépendant !
Il paraît que dans les campagnes, l'étiquette de « syndicat paysan de gauche » colle fermement à la peau d'Uniterre... au mieux celle de « petit syndicat paysan alternatif ». Et que cela fait effet d'épouvantail freinant de nouvelles adhésions à notre organisation. Qu'est-ce qui dans nos activités ou notre discours amène à penser cela ? Comment nous, paysan-ne-s membres d'Uniterre, assumons-nous ou pas cette image ?